Accueil > Chroniques > Films > Ghost in the Shell

Ghost in the Shell

mardi 12 avril 2005, par Nicolaï Laros

Troisième cas traité : celui de Ghost in the Shell

Générique :

Un film de Mamoru Oshii, directeur de l’animation : Toshihiko Nishikubo, animateurs clé : Kazushika Kise et Hiroyuki Okiura, conception des personnages : Hiroyuki Okiura, concepteur armes et véhicules : Shoji Kawamori et Atsushi Takeushi, directeur artistique : Hiromasa Ogura, musique de Kenji Kawai, histoire basée sur le manga de Masamune Shirow et scénario de Kazunori Ito.

Résumé :

Dans ce film d’animation japonais appartenant à la catégorie des Mangas, il est question d’une enquête visant à démasquer une entité des plus mystérieuses et des plus dangereuses (car s’infiltrant dans tous les réseaux informatiques classés top secret de l’Etat), appelée le « Puppet Master », qui s’avère par la force des choses devenir une véritable quête d’identité pour le principal intéressé de l’histoire, à savoir le major Motoko Kusanagi de la section 9 des forces de sécurité.

Cette créature cybernétique à l’apparence féminine, ainsi que les membres Bateau et Tosuga d’une unité habituellement impliquée dans les affaires les plus complexes d’espionnage et de terrorisme en tout genre, se verront donc confrontés à un être dont les agissements premiers - des actes de manipulation de la bourse ainsi que divers détournements de données, sans parler de contrôle d’esprits artificiels- cachent en fait des ambitions dépassant le simple cadre de la réalité tangible, et se révèlent être intimement liées à un programme ultra confidentiel appelé le « Projet 2051 ».

Lentement, Kusanagi en vient à s’interroger quant à ce qui la distingue (tout en la rapprochant également !) de ce qu’elle n’est pas, à savoir un être humain -voire une femme-, et se met au fil de ses investigations à explorer les diverses facettes de son être, alors qu’autours d’elle, les dangers se font de plus en plus omniprésents.

Le film :

Dévoiler dans toute sa complexité l’intrigue de Ghost in the Shell serait commettre l’irréparable. Mieux vaut donc se lancer librement dans cette expérience visuelle et sonore unique en son genre et se laisser emporter -ou pas !- par l’atmosphère si particulière et donc si envoûtante qui émane de ce cyber-thriller d’anthologie.

D’emblée, une précision s’impose : ce film dépasse largement le simple cadre du dessin-animé. Il s’agit en effet d’une véritable œuvre cinématographique, conçue à la base comme telle, d’ambition narrative réelle sachant qu’elle s’adresse en premier lieu à un public adulte. Le film se veut être une réflexion sur ce que l’homme s’efforce de générer par l’intermédiaire de la science, à savoir la vie, et quelle serait en cas de succès la place de celle-ci au sein de l’ordre naturel des choses. Sans omettre le combat de cette nouvelle forme de vie pour s’affirmer et surtout subsister.

Peu d’adaptations de Mangas s’étaient jusque là essayées à élever le débat, si ce n’est des contre-exemples de la trempe d’Akira de Katsuhiro Otomo, qui abordait néanmoins des thèmes aux antipodes de ceux explorés ici.
Le film de Mamoru Oshii, qui se base sur la bande dessinée de Masamune Shirow, exploite de manière très originale l’univers de la SF en général, et ce en parvenant à lier cette sensibilité proprement asiatique à un univers référencé facilement identifiable par le cinéphile occidental : on y retrouve par exemple le climat pluvieux de mégapole futuriste de Blade Runner, tout comme l’isolement que ressentent les habitants de celle-ci, l’environnement totalement informatisé d’un 2001 et surtout de sa suite, le relativement méconnu (et qui mériterait largement d’être réévalué) 2010 de Peter Hyams et ce en s’en servant habilement de façon à mieux pouvoir aborder un thème essentiel de la cyberculture, à savoir l’AI (l’Intelligence Artificielle) dans toute sa superbe.

Si l’on se penche en premier lieu sur l’aspect technique de Ghost in the shell, c’est l’utilisation conjointe d’animation traditionnelle et de CGI parfaitement intégrée sur le plan visuel qui distingue cette production de ce à quoi le spectateur tant oriental qu’occidental avant été habitué jusqu’en cette année 1995.

Vu que ces effets servent l’univers que décrit Mamoru Oshii, et accentuent sa haute technologie (les tenues de camouflage) ainsi que divers instants intimes (les gouttes sur le masque de plongée de Kusanagi) qui l’émaillent, on ne peut que saluer l’initiative d’un metteur en scène soucieux d’innover, mais pas au détriment du bon sens vu qu’ici, rien n’est jamais gratuit.

Il faut également reconnaître la prouesse d’animateurs ayant effectué un énorme travail (au Japon, nous sommes loin de Disney et de ses budgets confortables rendant bon nombre de choses tellement aisées...), sans omettre celui des responsables du « mecha design » s’étant efforcés de recréer un monde futur certes oppressant mais avant tout crédible, un peu comme cela fut le cas pour le Minority Report de Steven Spielberg : pour s’en persuader, il suffit de jeter un coup d’œil attentif aux diverses armes qu’utilisent les protagonistes. Il en va de même pour les véhicules ainsi que les costumes qui s’avèrent, à l’instar de la cité elle-même, retranscrire l’évolution qu’ils pourraient tous connaître au fil des années à venir.

Mais si l’on en revient maintenant aux intentions de l’auteur, qui raconte simultanément un fragment de l’histoire d’une femme-machine en devenir et d’une citée qui semble certes figée mais non dénuée d’une poésie résolument urbaine, il parvient aussi -notamment par le choix du nom de l’entité énigmatique qu’est le Pupett Master, un nom d’ailleurs couramment utilisé dans la cyberculture- à rendre le spectateur attentif au fait que tous sont ici manipulés d’une façon ou d’une autre, c’est à dire de manière comparable à des marionnettes suspendues à des fil actionnés par l’on ne sait qui : l’humain l’est par la vi(ll)e, et l’androïde par le Pupett Master en question. À moins que...

Du coup, comme le début de ce texte le laisse sous-entendre, il n’est pas forcément aisé de parvenir à investir l’univers de Ghost in the Shell tant l’ensemble s’avère dense à tous les niveaux. Mais une invitation à un voyage d’une pareille beauté ne se refuse pas, et comme on le dit souvent, qui ne tente rien...