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Johnny Mnemonic

mardi 1er février 2005

Générique :

Un film de Robert Longo avec Keanu Reeves, Dolph Lundgren, Takeshi Kitano, Ice-T, Dina Meyer, Henry Rollins, Udo Kier et Barbara Sukova, directeur de la photo : François Protat, musique de Mychael Danna, SFX de Fantasy II, SPI et CORE, scénario de William Gibson, montage de Ronald Sanders et décors de Nilo Rodis Jamero.

Résumé :

Nous sommes en 2021 et Johnny (Keanu Reeves) s’avère être un messager porteur de toutes les diverses données enregistrées au préalable via un petit appareil dans une partie de son cerveau adaptée tout spécialement à la question.

Celles-ci ne sont connues que du propriétaire même de l’information, de manière à rester ultra-confidentielles.
Mais le disque dur de notre porteur, en surcharge, s’avère hélas n’être pas son seul souci, car malheureusement pour lui, il se voit confronté aux hommes de main de Takahashi (Takeshi Kitano en chef de la multinationale Pharmacom), des Yakusa, qui souhaitent récupérer des informations vitales volées à leur big boss : sa tête est donc logiquement mise à prix.

Pour en finir une bonne fois pour toutes avec ce messager des plus têtus (et des plus rationnels...) est aussi engagé un chasseur de prime pour le moins mortel car complètement fêlé, à savoir le « Prêcheur » (Dolph Lundgren, peut-être dans son meilleur rôle au cinéma).

Une course contre la montre débute alors durant laquelle Johnny se verra successivement confronté à la rebelle Jane (Dina Meyer, qui deviendra son garde du corps attitré) et les hackers farouches, dont le leader n’est autre que Ice T, habitants sous les restes d’un pont et s’avérant d’une aide cruciale au niveau de la diffusion mondiale des infos top secrètes qu’il véhicule. Mais jusque là, encore faut-il que son cerveau tienne le coup.

Johnny a donc le choix : courir ou perdre la tête...

Le film :

Johnny Mnemonic, le film n’est pas une réussite sur toute la ligne. Voilà, d’entrée, le mot est lâché ! Pourtant, le projet s’avérait -du moins sur le papier- alléchant.

Jugez-en par vous-même : tiré du recueil de nouvelles Neuromancer de William Gibson, ce dernier (et c’est suffisamment rare pour être signalé) avait activement pris part à la rédaction du scénario alors que le côté artistique de l’entreprise se voyait être confié à Nilos Rodis Jamero, ancien directeur artistique chez Industrial Light & Magic (ILM pour les intimes), la boites d’SFX du père Lucas.

Ceux-ci avaient d’ailleurs été confiés ici à la concurrence, Fantasy II (Abyss, The Punisher dernièrement...) en ce qui concerne les maquettes remarquablement exécutées, et CORE Digital Effects et Sony Pictures Imageworks pour les effets « cyberspace ».
Au niveau de l’interprétation, on trouvait un acteur en pleine ascension grâce en partie au succès de films comme par exemple Speed de Jan de Bont, à savoir donc Keanu Reeves et d’autres plus confirmés comme Takeshi Kitano, Udo Kier et des « tronches » du style Dolph Lundgren, le rapeur Ice T ainsi que le rockeur Henry Rollins, sans oublier toutefois la belle Barbara Sukova dans le rôle de Anna, le « Ghost in the Shell » de l’histoire.

Tous les éléments semblaient donc réunis pour faire de Johnny Mnemonic un succès mémorable. Encore fallait-il un réalisateur digne de ce nom à la barre du projet. Et c’est bien là que le bas blesse.

Mais qui est donc ce Robert Longo ? Un jeune as du clip (REM, New Order) qui aura su saisir à temps l’opportunité de réaliser un premier long.

Hélas, et la vision du film le confirme rapidement, ce n’est pas parce que l’on est un pro des images rythmées style MTV que l’on parvient à passer avec succès le cap.
En effet, malgré les 30 millions de dollars investis dans l’affaire (et beaucoup de newcommers dans le monde du Septième Art n’ont pas cette chance), la mise en image de Longo reste désespérément plate, sans imagination, schématique : on est en effet loin de la virtuosité propres à des films de Scorsese, voire dernièrement de ceux d’un David Fincher (Seven, Fight Club...)

Pourtant, le film n’est pas dénué de tout intérêt, ce grâce en partie à l’histoire qu’il développe, toujours d’actualité (le trafic d’informations, les moyens de les véhiculer, leur valeur...), et un niveau technique des plus convenables.

Les décors, surtout ceux du pont, sont même impressionnants dans leur démesure et au niveau d’un look particulièrement soigné et original, comme par exemple ces voitures-missiles suspendues au dessus du vide (vous verrez bien...).
Même les acteurs sont bons, ce qui n’est jamais gagné d’avance avec un metteur en scène novice en la matière. Mais Longo a su les motiver comme il se doit, et ce malgré les humeurs répétées de la star du film.

Niveau effets cyberspace, la vision d’Internet 2021 que nous offre le film pouvait éventuellement faire illusion lors de sa sortie cinéma le 22 novembre 1995, mais aujourd’hui, il faut avouer qu’elle parait malgré tout bien datée. D’autant plus que d’autres films comme par exemple la trilogie Matrix (sur laquelle nous reviendrons, bien entendu) sont passés par là et ont exploités le sujet de manière autrement plus persuasive.

C’est l’autre aspect négatif du film, mais avouez tout de même que pour un film qui se veut novateur et qui dix ans après sa réalisation s’avère être rétro à ce niveau, cela peut être très gênant. Et même si ça lui confère éventuellement un certain charme (une simple question de pont de vue), on ne pourra jamais le classer à côté de chef-d’œuvres du style Blade Runner (de Ridley Scott, 1982)...

Mais alors, pourquoi parler de ce Johnny Mnemonic, me direz vous ? Tout simplement parce que sans cette tentative inégale mais néanmoins importante de transposition cyber-SF à l’écran, les frangins Wachowsky auraient probablement eu plus de difficultés à imposer leur projet. Grâce à ce film, ils disposaient d’un exemple concret de ce qu’il ne fallait surtout pas faire pour attirer le public dans les salles (le film de Longo ayant rapporté moins de 20 millions de $ au terme de sa carrière US) et se mettre une bonne partie de la critique dans la poche...