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Éloge de la trahison et du double-je

Promesses (et limites) de l’indépendance du cyberspace

mardi 25 janvier 2005, par Gérard Dahan

Communication faite en décembre 1997 au colloque invention et réinvention de la citoyenneté, organisé à l’université de Pau

Je voudrais dire pour commencer que suis très heureux
de participer à ce colloque pluridisciplinaire. En effet, je suis angliciste,
ce qui je le crains n’est pas une garantie de sérieux dans les milieux
structurés autour d’une discipline. Car pour enseigner la traduction, la
littérature et la civilisation des pays anglo-saxons, les anglicistes font
appel à plusieurs disciplines, souvent sans en maîtriser aucune :
linguistique, critique littéraire, histoire, sciences politiques, droit,
philosophie, théologie... Ils traitent ces disciplines en
« hackers », c’est-à-dire - si je prends la traduction la plus exacte
mais la moins flatteuse de ce mot popularisé par l’informatique - en bricoleurs style='font-style:normal'>. S’ajoute à cet inconfort, dans ma situation
particulière qui est d’enseigner l’anglais dans une UFR de lettres françaises,
le sentiment récurrent d’être perçu comme un agitateur d’idées étrangères, un
suppôt de la mondialisation et de l’américanisation des modes de vie. Je tiens
à être très clair tout de suite à ce sujet : tous les soupçons que vous
pourriez entretenir à mon encontre sur ce dernier point sont on ne peut plus
fondés. J’ai toujours préféré Shakespeare à Corneille, Churchill à De Gaulle,
la Cour Suprême à la Cour de Cassation, Jim Morrison à Jean-Philippe Smet.

Heureusement pour moi, l’étude du virtuel n’est pas
encore constituée en discipline autonome : il est donc possible d’y tirer
des plans sur la comète en tant que simple citoyen. Possible, et même
essentiel, car si nos ordinateurs sont techniquement encore fort peu avancés
comparés à ceux qui existeront dans le courant du XXI 9.0pt;mso-text-raise:3.0pt'>e siècle, le droit du virtuel qui
s’appliquera après notre mort se construit maintenant, sous forme de droit
écrit, de droit coutumier ou de jurisprudence. En parler, c’est le construire.
Ce que je vais faire ce matin, c’est contribuer à l’émergence d’un cyberspace
indépendant rien qu’en en parlant en public. J’ai fait 1 000 km en train
pour venir défendre un texte de grande valeur juridique, en tant que
citoyen-bricoleur informé par une langue qui n’est pas celle de la République.

 

*
* *

 

En cette qualité de citoyen-bricoleur, je ne suis pas
un fanatique du lien social, tellement à mon sens un lien sert à attacher, à
emprisonner, à retenir ensemble à tout prix des éléments qui ne demandent qu’à
se séparer. Je préfère me faire l’avocat de la liberté, de la rupture, de
l’insoumission, de la mise en cause permanente de la légitimité de tous les
pouvoirs, de la lutte autant contre le droit divin que contre la dictature
d’une classe sociale ou contre la simple autorité de l’État. Le texte que je
suis venu défendre aujourd’hui est un texte de 1996 dont j’ai fait une des
premières traductions, qui circule encore sur quelques sites web. C’est cette
traduction que j’ai fait reprographier à votre intention. C’est un magnifique
texte de rupture dans la tradition de Diogène et de Thomas Jefferson, auteur
comme on le sait de la déclaration d’indépendance des États-Unis.

C’est un texte construit un peu comme le texte de
Jefferson : une anecdote, d’abord - ou un récit - suivie d’une déclaration
de principes, mais il ne conserve pas les proportions du texte de Jefferson
(1 tiers de récit / 2 tiers de déclaration plutôt que
4 cinquièmes / 1 cinquième). En outre, la déclaration de principes
est écrite à la deuxième personne, comme chez Diogène :
« Gouvernements du monde industrialisé (...), je vous demande nous laisser
en paix » ressemble très fort au fameux « Ôte-toi de mon soleil,
Alexandre ».

Parlons donc anecdote, d’abord. Parlons de l’auteur
de ce texte, John Perry Barlow, et de l’occasion à laquelle il a rédigé cette
déclaration. John Perry Barlow est un Américain originaire du Far-West,
ex-propriétaire de ranch aux pieds des montagnes Rocheuses, ex-hippie,
(ex ?)-consommateur de drogues psychédéliques et prosélyte du LSD ainsi
que de la pensée libertaire, ex-parolier du groupe de rock The Grateful Dead.
Il est maintenant un personnage qui compte dans le milieu cyber aux États-Unis,
en qualité de co-fondateur avec l’ancien patron de Lotus, Mitch Kapor, du
premier groupe de défense des droits de l’homme dans le cyberspace, l’EFF,
Electronic Frontier Foundation, « Ligue de la Frontière
électronique ». Il a des relations dans les milieux politiques américains,
en particulier dans l’entourage du vice-Président, Al Gore, ainsi que dans les
milieux d’affaires du secteur de l’informatique. Invité à Davos, à la réunion
annuelle du gratin du capitalisme mondial, en 1996, en tant que conférencier,
c’est là qu’il rédige et signe la déclaration qui nous occupe ce matin. Voilà
bien sûr qui va raviver d’autres soupçons : ceux qui pèsent sur les
libertaires de n’être que des libéraux déguisés. Ce n’est pas grave, car ce
texte a un contenu qui le hisse bien au-dessus de ces soupçons-là. D’ailleurs,
beaucoup plus que le lieu de
composition, c’est la
date de
composition qui donne un contexte exploitable. En février 1996, le Congrès - le
parlement américain - vient d’adopter une loi sur la réforme des
télécommunications dont le volet le plus connu et le plus disputé a le statut
de texte indépendant avec son propre nom : le CDA, Communication Decency
Act, loi sur la décence des télécommunications, qui a pour effet d’instaurer un
puissant mécanisme de censure en faisant appliquer aux télécommunications qui
transitent sur le territoire des États-Unis le droit très restrictif des médias
électroniques (radio, télévision, cinéma) plutôt que le droit très libéral des
publications écrites sur papier, qui ne peut pas, lui, faire l’économie de la
conformité au Premier Amendement à la Constitution. Le CDA sera déclaré
anticonstitutionnel par la Cour Suprême des États-Unis en juin 1997, en vertu
précisément du Premier Amendement, mais en ce début 1996 il est ressenti comme
une agression par les pionniers de l’Internet au même titre qu’en 1776 la
présence de troupes anglaises a été vomie par les Pères Fondateurs de la nation
américaine. Mêmes causes, mêmes effets : un porte-parole suffisamment
crédible propose la sécession.

 

10.0pt'>« J’ai pensé qu’il était temps de déverser quelques balles de thé
sur les quais du port virtuel. » (2e
paragraphe.)

 

Il s’agit là d’une sécession bien particulière,
cependant, car le territoire dont on revendique l’indépendance n’est pas une
terre palpable, le cyberspace étant par définition un imaginaire partagé.

 

*
* *

 

En effet, ce qui caractérise la télématique « à
l’américaine », celle qui nous arrive par le Net, ce n’est pas tant une
certaine avance technique sur le minitel qu’une avance politique et culturelle
décisive, qui tient me semble-t-il à la prépondérance des métaphores spatiales
appliquées aux télécommunications. Alors que les colbertistes de France Telecom
ont bâti leur système autour de la notion de service style='font-style:normal'> (le Minitel est un « plus de liant
social » : on consulte
l’annuaire électronique en se
connectant normal'> à un serveur), les
libertaires américains qui ont bâti les fondations du Net avec des crédits
militaires ont préféré parler de
voyage normal'> immobile, dire qu’on va
sur un
site qu’on explore style='font-style:normal'>, éventuellement qu’on survole style='font-style:normal'> en surfant normal'> ; ils ont utilisé des métaphores que leur culture leur a fournies
on ne peut plus volontiers, et ont fait comme si derrière les écrans il y avait
un
espace, un monde imaginaire
mais néanmoins partagé. Une « hallucination consensuelle », comme le
dit l’inventeur du mot “cyberspace”, l’écrivain de science-fiction William
Gibson, dans son roman
Neuromancer,
paru en 1984. C’est dans ce roman que le mot “cyberspace” est apparu pour la
première fois en tant que nom commun, nanti - c’est là une chance
extraordinaire, dont on n’a pas fini de mesurer tous les effets - d’une
définition psychédélique. Je cite un extrait du chapitre none'>ats-Unis veut signifier avec son
11.0pt'> 3 :

 

10.0pt'>« Le cyberspace. Une hallucination consensuelle vécue
quotidiennement en toute légalité par des dizaines de millions d’opérateurs,
dans tous les pays, par des gosses auxquels on enseigne les concepts
mathématiques... Une représentation graphique de données extraites des mémoires
de tous les ordinateurs du système humain. Une complexité impensable. Des
traits de lumière disposés dans le non-espace de l’esprit, des amas et des
constellations de données. Comme des lumières de villes, dans le
lointain... »

 

Il y aurait des volumes à écrire sur les racines
culturelles du concept de cyberspace, des volumes qui incluraient Lewis Carroll
avec Alice et De l’autre côté
du miroir
, des volumes qui feraient
l’histoire politique du Far West et du concept de Frontière durant les deux
siècles d’existence de la nation américaine, des volumes qui expliciteraient la
manière dont cette notion a été renouvelée par le Président Kennedy avec le
contrat qu’il a proposé aux Américains lors de son discours d’investiture sur
le thème de la « nouvelle Frontière » (gain de territoire sur
l’espace intersidéral, sur la maladie, sur la pauvreté...), des volumes qui
incluraient aussi une analyse des espaces intérieurs selon Philip K. Dick,
ainsi que les influences que Gibson assume de manière consciente : les
premiers jeux vidéo, la politique selon William Burroughs, ou le voyage
intérieur selon Aldous Huxley et Timothy Leary.

Mais ce n’est bien sûr pas le tout de créer un
concept, encore faut-il que celui-ci soit repris par d’autres. Aux États-Unis,
le concept de cyberspace a trouvé un terroir favorable et eu beaucoup de
succès. Barlow aussi en donne une définition (16 mso-text-raise:3.0pt'>e paragraphe).

 

10.0pt'>Le cyberspace est fait de transactions, de relations et de pensée,
circulant en un flot ininterrompu sur nos canaux de communication. Notre monde
est à la fois partout et nulle part, mais il ne se trouve pas là où vivent les
corps.

 

Les penseurs français font la fine bouche, comme on
peut s’y attendre, tel Jacques Attali, qui dans son Dictionnaire du XXI style='font-size:9.0pt;mso-text-raise:3.0pt'>e siècle style='font-style:normal'> préfère parler d’hypermonde style='font-style:normal'>, cf. p. 88 : « Cyberspace style='font-style:normal'> : vieux mot pour désigner l’hypermonde »
et p. 164 : « Hypermonde normal'> : ensemble des activités économiques, politiques, sociales ou
culturelles se déroulant dans le monde virtuel en complément ou en simulation
du réel ». Voyez comme la notion d’espace ne passe pas pour les
Français : un
monde est
défini comme une série d’
activités,
et pourtant, Attali est dans d’autres articles de ce livre un des auteurs
français qui parlent le mieux du virtuel.

Toujours est-il que, quel que soit le nom qu’on lui
donne, et qu’on le veuille ou non, ou plutôt parce que nous sommes nombreux à
le vouloir, par un effet de langage à proprement parler magique, grâce aussi à
la cohérence des métaphores spatiales, il semble qu’il existe maintenant de
l’autre côté des écrans un espace, un monde, un ou des territoires.

Il existe aussi des gens qui veulent se rendre dans
cet espace, le coloniser, y habiter, voire s’y exiler. Là aussi c’est une
métaphore, pour l’instant. Quand on est par la pensée sur un territoire
virtuel, comme le Well en Californie ou le Deuxième Monde, le Paris alternatif
de Canal +, on a un corps qui reste là où il est. On joue à être ailleurs,
on a une deuxième identité, comme dans un jeu de rôle, on choisit son apparence
avec la technique des avatars, mais on ne disparaît pas de son espace physique.
Ça viendra, peut-être, l’exil définitif dans le cyberspace ; en tant que
lecteur de Hans Moravec et de Greg Egan, je suis très impatient de voir arriver
le progrès technique que constituera la possibilité de copier - ou de
transférer - la personnalité humaine sur un support informatique, mais je
crains que cela ne se passe pas de mon vivant. Nous sommes donc pour longtemps
condamnés à la double identité, au « double-je ». Ainsi qu’au double
jeu, car l’existence de deux espaces, de deux appartenances, ou plus, porte en
germe des conflits de loyauté.

 

*
* *

 

Ces conflits de loyauté possibles suscitent déjà deux
types d’auteurs : ceux qui ont le cyberspace en horreur et ceux qui y
voient comme une terre promise. Parmi les premiers, on peut citer les
psychiatres nord-américains qui ont inventé le concept fort peu scientifique
d’“Internet addiction”, accoutumance à l’Internet, et qui annoncent dans leurs
travaux ou sur leurs propres sites web que l’informatique personnelle en réseau
casse les familles et le lien social car les internautes accros ne respectent
plus les engagements qu’ils ont pris vis à vis de leurs conjoints, de leurs
enfants ou de leurs collègues de travail. C’est ce que fait par exemple le
docteur Kimberley Young, une femme qui a écrit cette année un ouvrage
fondateur, pas encore traduit à ma connaissance, intitulé Caught in the Net style='font-style:normal'>, « Pris dans la toile ». Outre les
psychiatres, on peut citer aussi Paul Virilio, horrifié à l’idée qu’on puisse
« aimer son lointain » plus que son voisin de palier. Je cite un extrait
de Cybermonde ou la politique du pire normal'>, paru chez textuel en 1995, page 42 :

 

10.0pt'>Une menace se fait jour - c’est d’ailleurs la réalisation de
l’espérance de Nietzsche, qui prend à contre-pied la phrase du Christ en la
renversant - celle d’aimer votre lointain comme vous même
style='font-size:10.0pt'>. La question du prochain et du lointain, c’est la
question de la cité. (...) Aimer le lointain, c’est-à-dire l’étranger,
oui ! Mais aimer le lointain au détriment du prochain, non !

 

Virilio pressent aussi grâce à son expérience de la
seconde guerre mondiale que, de même que les Français qui sous l’occupation
écoutaient la BBC ne vivaient pas dans le même pays virtuel que ceux qui
écoutaient Radio Paris (op. cit.,
p. 29), les internautes n’existent pas dans le même monde que les
téléspectateurs des télévisions généralistes.

John Perry Barlow se situe évidemment de l’autre
côté, il voit dans le cyberspace un fabuleux lieu de fuite, dans la droite
ligne de la tradition hippie. C’est la position aussi de la plupart des tenants
de la cyberculture - auteurs, ingénieurs et industriels.

Même chez des auteurs que j’ai envie de qualifier
d’observateurs modérés, la question de la pluralité d’appartenances et de
loyautés divise. J’ai assisté en juin de cette année à la conférence qu’ont
donné Jacques Attali et Manuel Castells à la Cité des Sciences à Paris sur le
thème de « la société en réseaux », et j’ai vu Manuel Castells très
attaché à l’enracinement dans une terre, alors que Jacques Attali voyait venir
le nomadisme et les loyautés multiples avec une certaine gourmandise, et ce
point a été le seul point de désaccord significatif entre les deux
conférenciers.

 

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* *

 

Barlow, donc, pour revenir à lui et au texte, choisit
dans sa déclaration d’indépendance du cyberspace le terrain politique plutôt
que celui de la santé mentale ou de la famille. Il situe ainsi son propos à un
niveau plus élevé que celui auquel les psychiatres voudraient mener le débat.
Tout son texte repose sur une conception de la souveraineté style='font-style:normal'> qui lui permet de fonder la légitimité du point de
vue des habitants et défenseurs du cyberspace - ces gens que je proposerai
d’appeler les virtualistes, d’après le nom d’un groupe d’informaticiens
parisiens. Il ne se contente pas de citer le nom de personnages mythiques de la
politique américaine pour obtenir un effet facile au paragraphe 21, mais il a
de la souveraineté une conception très proche de celle des rédacteurs de la
Constitution des États-Unis, qui avaient lu les philosophes du contrat social,
en particulier John Locke.

On sait que c’est dans le Traité du gouvernement
civil
de 1690 que Locke présente sa
conception de la souveraineté, une conception tout à fait laïque, basée sur les
concepts d’état de nature et de contrat social qu’avait déjà exploré Hobbes
dans une optique que je dirais païenne. Chez Locke, loin d’être haïssable comme
chez Hobbes, l’état de nature est présenté comme un paradis perdu à cause de la
violence des hommes, cette violence qu’il faut chez les deux auteurs contenir
au moyen du contrat social grâce à la puissance publique que celui-ci instaure.
Cela suppose un abandon de souveraineté, mais un abandon limité, dans la
conception de Locke, car la souveraineté appartient toujours en dernier ressort
non pas au peuple ou à une classe sociale, mais à chacun de ceux qui la
confient aux gouvernants pour un temps limité, sans cesser d’en contrôler
l’usage, et chacun n’en confie que le strict nécessaire pour lutter contre la
violence propre à l’espèce humaine. Locke donne ainsi une légitimité, au
pouvoir démocratique, certes, mais plus encore à l’État de droit.

L’abandon de souveraineté porte sur la force
physique, sur le partage de ressources limitées - la terre, l’énergie, ou plus
tard le spectre des ondes électro-magnétiques - ; il ne comprend ni la
conscience ni l’imaginaire, c’est cela que la Constitution des États-Unis veut
signifier avec son Premier Amendement, qui protège la liberté religieuse et la
liberté d’expression. Il ne comprend pas non plus l’abandon des moyens de se
protéger face à un gouvernement central qui deviendrait oppressif, c’est là le
sens du Deuxième Amendement, qui autorise et légitime la détention d’armes et
qui est un des amendements les plus mal compris par les Européens. S’inspirant
de Locke là aussi, tout autant que de Montesquieu ou de la tradition anglaise
de la “rule of law”, la souveraineté de la loi, la Constitution américaine
instaure un pouvoir judiciaire fort et limite radicalement le domaine
d’intervention du pouvoir fédéral au moyen d’amendements moins connus, le 9 style='font-size:9.0pt;mso-text-raise:3.0pt'>e et le 10 style='font-size:9.0pt;mso-text-raise:3.0pt'>e, qui correspondent en
gros à l’article 5 de la déclaration française des Droits de l’homme et qui
précisent que le gouvernement de Washington ne doit pas s’attribuer des
compétences qui ne sont pas reconnues explicitement par le texte de la
Constitution.

Seulement voilà, ça, c’est la théorie. Dans la
pratique, le pouvoir fédéral - législatif, exécutif et même judiciaire - a
utilisé toutes les ressources de l’interprétation juridique pour s’attribuer
des compétences dont les rédacteurs de la Constitution n’imaginaient même pas
l’existence ; et les institutions de chacun des 50 États en ont fait de
même à leur niveau. Dans la pratique, la droite religieuse et la gauche
politiquement correcte poussent à un contrôle serré de la vie et de la moralité
de chaque personne : c’est ainsi par exemple que plus de la moitié des
États disposent de lois qui interdisent la sodomie - il y a des cas où elles
sont appliquées - et que la guerre contre la drogue justifie de très graves
atteintes, quotidiennes, aux droits de l’homme. Ce même type de situations se
retrouvant bien sûr dans beaucoup d’autres pays que les États-Unis.

Rapprochons cela de ce qu’on sait sur la manière dont
l’informatique rend possible un contrôle des corps sans précédent - peines de
prison à la maison avec bracelet électronique, vidéo-surveillance avec
logiciels de reconnaissance des visages, suivi détaillé des transactions
réalisées par les porteurs de cartes bancaires, ou pourquoi pas de qui emprunte
quel livre en bibliothèque, etc. - et on voit que la liberté de l’esprit
revendiquée ici au nom de la nature du virtuel et d’une conception de la
souveraineté héritée du XVIIIe
siècle apparaît comme un contrepoids indispensable à ce contrôle des corps
qu’on pressent inévitable. La phrase clé de cette déclaration d’indépendance du
cyberspace mérite d’être répétée sur tous les tons (paragraphe 21) :

 

10.0pt'>Il nous faut déclarer que nos identités virtuelles ne sont pas soumises
à votre souveraineté, alors même que nous continuons à consentir à ce que vous
gouverniez nos corps.

 

À côté de « Ôte de toi de mon soleil, Alexandre,
tu me fais de l’ombre » ou de « En conséquence, nous, les
représentants des États-Unis d’Amérique, assemblés en Congrès général, prenant
à témoin le Juge suprême de l’univers de la droiture de nos intentions,
publions et déclarons solennellement au nom et par l’autorité du bon peuple de
ces Colonies, que ces Colonies unies sont et ont le droit d’être des États
libres et indépendants ; qu’elles sont dégagées de toute obéissance envers
la Couronne de la Grande-Bretagne ; que tout lien politique entre elles et
l’État de la Grande-Bretagne est et doit être entièrement dissout ;
(...) », à côté de ces deux monuments de la pensée humaine, donc, la
phrase de Barlow tient son rang. Cette revendication de la séparation du corps
et de l’esprit, assistée par ordinateur, a des implications religieuses d’une
richesse infinie, sur lesquelles je ne pourrai malheureusement pas m’appesantir
aujourd’hui sauf dans le cadre d’une réponse à une question spécifique. Car
dans le cadre politique qui nous occupe ici, il est sans doute plus urgent
d’examiner la manière dont cette indépendance peut éventuellement être
organisée, à quoi elle peut servir dans la pratique, et quelles actions
citoyennes on peut avoir pour lui donner le jour de manière effective, pour la
faire vivre. C’est cela la partie prospective de mon commentaire.

 

*
* *

 

Il peut exister sur l’internet des nations
virtuelles : on voit déjà les premiers signes de leur apparition. Mais
aucune de ces créations, du moins aucune de celles dont je connais l’existence,
ne correspond pour l’instant tout à fait à l’idée que je me fais d’une nation
dans le cyberspace indépendant. Soit parce que l’aspect ludique est trop
prépondérant (c’est le cas des MUDs - jeux de rôles multi-utilisateurs), soit
parce que l’indépendance n’est pas le problème de collectivités qui sont
satisfaites de se soumettre au droit national du territoire sur lequel se
trouve l’ordinateur qui les héberge, ne se sentant pas en conflit avec celui-ci
(c’est le cas du Well, c’est le cas du Deuxième Monde, une ville de Paris virtuelle
conçue et gérée par Canal +), soit parce que la nation n’est pas entièrement
virtuelle, c’est le cas de la République de Lomar, fondée par des
fonctionnaires de l’O.N.U., qui ne marche pas avec le système du double-je,
celui des avatars et des pseudonymes, mais qui n’est qu’un État sans territoire
qui cherche à fédérer les corps et les identités réelles de ses citoyens afin
d’obtenir la reconnaissance diplomatique. Pour trouver ce que j’imagine, il
faut se tourner vers la science-fiction, vers le dernier roman de William
Gibson, Idoru, dans lequel se trouve la
description d’une micro-nation de hackers spécialistes des techniques de
chiffrage et d’intrusion dans des systèmes informatiques à accès restreint.
Micro style='font-style:normal'>-nation, c’est à souligner : quand il fédère
plus d’un certain nombre de personnes - je dirais à vue de nez plus de 500 ou
600 personnes -, l’Internet semble passer d’une logique de facilitateur de
communication en réseau à une logique de média. C’est là une des principales
limites de l’indépendance du cyberspace : ce qui semble être
l’impossibilité pratique de l’organiser pour un très grand nombre d’individus
qui partageraient le même espace virtuel.

 

*
* *

 

À quoi est-ce que cela peut servir de faire partie
d’une nation ou d’une micro-nation virtuelle, et ces entités nouvelles
risquent-elles vraiment d’entrer en conflit avec des nations réelles ?
Vaste sujet, que je ne prétends pas traiter ici de façon exhaustive. Je me
contenterai de dire qu’à mon sens la première fonction du virtuel est de fournir
la possibilité de faire au moyen de l’imagination assistée par ordinateur des
choses qu’on ne peut pas faire dans la vie réelle : commander un
sous-marin, combattre un dragon et délivrer la princesse, tirer sur tout ce qui
bouge à coups de fusil-mitrailleur (dans le jeu Doom style='font-style:normal'>) ou écraser au volant d’une voiture une mère de
famille avec landau afin gagner un bonus de 1 000 points (dans le jeu Carmaggeddon style='font-style:normal'>). Ou, sur un autre registre, partager des documents
avec ses amis, avec ses concitoyens du cyberspace indépendant, dans une logique
de bibliothèque publique, sans se soucier du droit de la propriété
intellectuelle puisque les micro-nations virtuelles ne signeront sans doute pas
la Convention de Berne. Le virtuel rend très floue, et très peu définissable
juridiquement, la limite entre publication et correspondance privée. Il peut
également servir à diffuser le contenu que l’école réelle ne diffuse
plus : imaginons un pays où l’école serait délabrée au point de baser sa
pratique sur la socialisation et l’apprentissage de la civilité plutôt que sur
la transmission des connaissances ; le savoir va alors chercher d’autres
vecteurs de transmission, parmi ces vecteurs il y a le cyberspace. Le virtuel
peut servir aussi à donner accès à l’expérience nouvelle que commence à être le
cybersexe, en complément ou en ersatz. Là je me permets de détourner une
citation de Woody Allen, tirée du film Annie Hall style='font-style:normal'> : bien sûr que le sexe sans amour est une
expérience vide de sens, mais de toutes les expériences vides de sens, c’est
quand même une des meilleures. Dernier exemple : la possibilité d’accès à
des drogues électroniques, ces documents multimédias qui pourraient, si on en
croit ce qu’écrit Joël de Rosnay dans L’Homme symbiotique style='font-style:normal'> (1995), remplacer les drogues chimiques, et dont la
diffusion ne sera sans doute pas encouragée par les Brigades des Stupéfiants
des nations réelles. On voit bien à travers ces exemples que l’imaginaire des
réseaux peut fortement déranger bien des gens, bien des groupes organisés, dont
les parlements nationaux, qui peuvent avoir envie de se mêler de ce qui s’y
passe (pour mémoire, Doom est
interdit en Allemagne,
Carmaggeddon
partiellement censuré au Royaume-Uni). Que pèsera un principe de limitation de
souveraineté hérité du XVIII
3.0pt'>e siècle face à la volonté de « protéger les enfants »,
ou les auteurs, ou l’égalité citoyenne, ou la famille, ou l’ordre public ?
Et voilà que se fait jour la perspective de voir l’imaginaire faire l’objet de
lois restrictives, en dépit du Premier Amendement à la Constitution américaine,
ou de l’article 5 de la Déclaration des droits de l’homme.

 

*
* *

 

Face à ce danger bien réel d’imposition de contrôles
forcément intolérables sur l’imaginaire, l’attitude citoyenne des virtualistes
consiste selon moi - n’ayons pas peur des mots - à se préparer dès maintenant à
trahir leur nation réelle, dans la
perspective d’un conflit de loyauté aigu. Pour cela, il leur faudra s’inspirer
de la logique du Deuxième Amendement, et apprendre dès maintenant à se servir
des seules armes qui permettent de défendre la liberté de l’imaginaire dans le
cyberspace, armes qui sont la cryptographie, la stéganographie et quelques
techniques attenantes comme les réexpéditeurs anonymisants. La cryptographie
permet de cacher le sens d’un message, la stéganographie permet de dissimuler
l’existence même d’un message. Combinées, ces techniques permettent la mise en
place d’échanges invisibles à un intercepteur éventuel : on peut sans trop
de difficulté cacher un message chiffré dans une image ou un son anodin - mais
encore faut-il avoir appris à le faire en suivant à la lettre une procédure
relativement contraignante qui ne s’improvise pas. En cas de conflit aigu, ces
techniques pourraient permettre la continuité de l’existence d’un cyberspace
indépendant en dépit des tentatives de répression.

Il me semble très important de pousser les
virtualistes nantis d’un esprit citoyen à s’entraîner en particulier à
l’utilisation de PGP, le logiciel de cryptographie de Philip Zimmermann. En
téléchargeant ce programme sur un site néerlandais, finlandais ou italien, en
le diffusant auprès de leurs amis et correspondants, et en apprenant à s’en
servir sans s’en cacher, ils peuvent faire apparaître au grand jour le
caractère obsolète et ridicule de la loi française, seule en son genre dans les
pays occidentaux, qui interdit quasiment l’utilisation sur le territoire
français de moyens de cryptographie efficaces - loi qui selon moi ne
résisterait sans doute pas une seconde à l’examen de la Cour européenne des
droits de l’homme à Strasbourg, mais je ne suis ni avocat ni magistrat. Au vu
de ce déficit démocratique, la désobéissance s’impose : j’estime que les
virtualistes français sont fondés à traiter leur pays d’origine comme un milieu
hostile.

 

*
* *

 

On aura compris que la place de l’informatique dans
la société que j’imagine pour le XXI 3.0pt'>e siècle, avec cet équilibre nécessaire et nécessairement fragile
entre contrôle des corps accru et liberté des esprits non négociable, est une
version assez sombre de ce qu’imagine John Perry Barlow, une société où dans le
pire des cas rien ne dépassera à l’extérieur mais où quand même il y aura du
dépassement à l’intérieur, une fuite toujours possible vers un virtuel libre.

Il y a des précédents qui permettent de se
représenter cette situation : je pense à la société iranienne, où si j’en
crois des témoignages de certains de mes proches, alors que la rue est très
policée, les maisons et les âmes des Iraniens évolués sont de délicieux lieux
de débauche, et je pense aussi à la situation des marranes, ces Juifs de la
péninsule ibérique que l’Inquisition a convertis de force au christianisme et
qui ont su faire exister leur double-je - chrétien pour l’extérieur, juif pour
l’intérieur - pendant cinq siècles, jusqu’au retour de la liberté religieuse.
J’espère sincèrement que nous, virtualistes, n’aurons pas à avoir recours dans
notre quotidien aux techniques de résistance auxquelles j’ai fait allusion dans
cet exposé, mais l’exemple des marranes est là pour nous donner chaud au
cœur : quand on a des convictions, les bricolages fonctionnent, la
résistance paye, la trahison est récompensée.

FR'>

Réflexions d’après-colloque

 

 

Je profite de ce que ma mémoire est encore fraîche,
ce dimanche 13 décembre 1998, pour coucher sur le papier mes réflexions au
sujet de quelques objections et remarques qui m’ont été faites entre le 9 et le
11 décembre derniers et auxquelles j’ai parfois répondu très incomplètement sur
le moment.

 

Mais pourquoi donc vouloir reproduire dans le
cyberspace indépendant le fonctionnement des nations, et les servitudes qui
vont avec ? m’a-t-on d’abord demandé.

Effectivement, il n’est nul besoin de satisfaire la
mégalomanie d’individus qu’on voit déjà apparaître sur le réseau, qui fondent
des nations virtuelles pour leur plus grande gloire, s’intitulent roi ou consul
- quand ce n’est pas guide spirituel - et vont parfois jusqu’à écrire des
constitutions à leur mesure. Reste que l’indépendance du cyberspace pose des
problèmes du même ordre que ceux que les communautés humaines ont appris à
traiter à l’aide d’un outil qui s’appelle le droit constitutionnel, et que
celui-ci, par tradition, se pense dans un cadre national. Faute d’utiliser ce
cadre pour s’organiser, les virtualistes pourraient se trouver coupés de cette
tradition et ainsi condamnés à réinventer l’eau tiède, à perdre du temps à
reformuler entièrement pour le virtuel un corpus de dispositions et pratiques
qu’on peut la plupart du temps transposer à partir de ce qui existe déjà pour
les nations du monde réel. Cela ne signifie pas, néanmoins, que les
collectivités virtuelles indépendantes doivent obligatoirement prendre le
statut de nation et rédiger chacune une constitution dans les règles : on
sait bien par l’exemple du Royaume-Uni qu’il n’est pas nécessaire de disposer
d’une constitution écrite pour traiter assez convenablement des problèmes de
droit constitutionnel - quoique, précisément, l’écriture de textes à portée
constitutionnelle soit actuellement à l’ordre du jour dans ce pays.

Il est en revanche important d’être conscient de la
nature de ces problèmes lorsqu’ils se posent : utiliser le vocabulaire et
les concepts avec lesquels on les traite habituellement peut aider à les
identifier et à les résoudre plus facilement. Si on a conscience d’appartenir à
une nation virtuelle, on sait quasiment d’instinct que la collectivité à
laquelle on appartient a, de droit, les mêmes compétences régaliennes qu’un
État du monde réel, et n’est obligée en rien, tant qu’elle n’y est pas
contrainte par la force, de se soumettre à une autorité extérieure.

 

Ceci est particulièrement vrai dans le domaine très
sensible de la création de monnaie. Et
je m’aperçois maintenant que, tout au moins dans les ateliers auxquels j’ai
participé, je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu quelqu’un aborder les
rapports entre la citoyenneté et l’argent, sinon pour mentionner l’impôt. Or le
rapport entre citoyenneté et argent n’est pas des moins importants, et - on a
pris conscience de cela au moment de l’abandon de l’étalon or, mais il en a en
fait toujours été ainsi - rien n’est plus virtuel que l’argent ! Je ne
fais pas allusion par là au mode d’existence de l’argent de nos comptes
courants, qui n’est plus qu’un jeu d’écritures representé sous forme de 1 et de
0 dans les ordinateurs du système bancaire international, mais au fait que
la
monnaie est un imaginaire partagé
, et que
c’est cela qui en fait un ensemble de documents dont on s’efforce d’organiser
l’existence en quantité limitée afin de susciter un sentiment de confiance.

Il n’est pas besoin d’invoquer la manière dont
l’inflation provoquée en Allemagne par le traité de Versailles a contribué à
l’arrivée au pouvoir des nazis pour comprendre le rapport qui existe entre
cette confiance et l’exercice de la citoyenneté. C’est là que se trouve le lien
social qui fait sens plutôt que dans la pratique de la politesse et des bons
sentiments à l’école.

Au XXI 3.0pt'>e siècle, il est à prévoir que cette confiance existera à
plusieurs niveaux : le niveau de la collectivité locale (cf. ce qui
commence à exister avec le phénomène des SELs, les systèmes d’échanges locaux
qui créent de la monnaie locale), le niveau de la collectivité supranationale
(avec pour nous l’Euro), le niveau de l’entreprise en tant que
« collectivité d’affaires name="_ftnref1" title=""> style='mso-special-character:footnote'>[1] »,
et - pourquoi pas - le niveau de la collectivité virtuelle indépendante (sur le
modèle des SELs ou en lien avec des SELs). Monnaies multiples donc confiances
multiples donc loyautés multiples donc pratiques multiples de la citoyenneté.
Et, à chaque niveau, la nécessité de faire reposer la confiance sur un système
de sécurité performant. Autrement dit - car n’oublions pas que toute somme
d’argent est un document appelé par nature à circuler dans le cyberspace - un
système intégrant la cryptographie. Raison de plus pour que le citoyen du
virtuel apprenne conscieusement à se servir du seul logiciel de cryptographie
performant qui soit facilement disponible à ce jour : PGP.

 

3/ On m’a également objecté, à partir de notions
tirées de l’enseignement théorique de Jacques Lacan, que ma conception du
cyberspace était profondément viciée dans la mesure où je décrirais un
déploiement de l’imaginaire qui ne tiendrait aucun compte de l’ordre du
symbolique. Il est vrai que le vocabulaire que j’utilise peut donner prise à
cette critique, lorsque je définis le cyberspace comme un imaginaire partagé style='font-style:normal'>. Quelques précisions s’imposent donc, autour de la
notion de réalité telle qu’elle est présentée par Lacan comme un système
articulant chez le sujet Réel, Symbolique et Imaginaire.

Ce n’est pas parce que l’ordinateur permet de se
promener par la pensée de l’autre côté de l’écran/miroir qu’il donne ainsi
accès à un monde gouverné par les seules lois de l’Imaginaire. Au contraire,
les mondes virtuels sont profondément structurés par le langage : ils
n’existent que parce qu’ils sont représentés par des signes discrets dans les
mémoires des ordinateurs qui les hébergent. On peut agir sur eux au moyen de
signes communiqués à la machine. La construction d’un monde virtuel et
l’immersion à l’intérieur de ce monde sont affaire de langage autant que d’image.
C’est bien de cela que rend compte la langue anglaise lorsqu’elle énonce que
les personnes qui savent se servir d’un ordinateur sont “computer literate”,
c’est-à-dire qu’elles « savent lire et écrire l’ordinateur ».

En fait, le cyberspace est un ensemble de réalités style='font-style:normal'> virtuelles. On sait que la formule de la réalité
selon Lacan est « RSI », autrement dit que chaque personne a accès au
monde par la construction d’un univers mental qui articule matière (R), langage
(S) et image (I). Si on accepte cela, alors il faut écrire que la formule de la
réalité virtuelle est « (R)SI ». C’est la matière qui est mise entre
parenthèses, pas le langage. Et dans cette formule modifiée, le réel n’est pas
supprimé : il est tenu en retrait, c’est tout.

C’est tout et c’est déjà beaucoup bien sûr. C’est
assez pour susciter des résistances acharnées de la part de ceux et celles qui
ne conçoivent pas la vie sans un rapport obligé à la matière. Les personnes qui
se situent du côté des arts avec original (sculpture, peinture) n’auront pas la
même approche du virtuel que celles qui sont du côté des arts où tout n’est que
reproduction (théâtre, musique). Celles qui communiquent plus facilement avec
les vaches du Salon de l’Agriculture qu’avec les mulots de la Bibliothèque
Nationale peuvent même aller jusqu’à éprouver au contact du virtuel une
impression de choc culturel face à une remise en cause radicale de leurs
valeurs les plus intimes. Voilà qui explique en grande partie, au-delà des
traditionnelles querelles franco-américaines, les résistances d’auteurs tels
que Jean-Marc Ligny ou Alain Buisine. Résistances intéressantes, respectables,
mais sans effets politiques d’importance en pays démocratique, car il faudrait
avoir recours à une répression quasi-dictatoriale pour s’opposer avec quelque
chance de succès aux divers projets virtualistes - déjà bien avancés dans
l’ordre du politique, de l’esthétique, du droit, de l’économie, ou du religieux
- qui ont en commun cette mise à distance du corps et de la terre.

 

Un retour au paradis
perdu en prenant la fuite en avant de la réalité virtuelle, c’est finalement
cela qui est proposé. (...) Cette pensée techno-mystique ouvre la porte à un
dangereux abandon du réel par une élite qui se retire définitivement dans un
ailleurs dont les contours sont encore difficiles à cerner. Il faut faire appel
à une autre géographie du virtuel.

style='font-size:10.0pt'> 

10.0pt'>Bernard Schütze, journaliste québécois, « La Tentation de la
techno-mystique »,
in INTER ART ACTUEL
, n style='mso-text-raise:3.0pt'>o 64, février 1996.

 

Dans les bars qu’il
fréquentait du temps de sa gloire, l’attitude élitiste exigeait un certain
mépris pour la chair. Le corps, c’était de la viande.

10.0pt'> 

10.0pt'>William Gibson, Neuromancien,
1984.

 

Le cyberspace est fait
de transactions, de relations et de pensée, circulant en un flot ininterrompu
sur nos canaux de communication. Notre monde est à la fois partout et nulle
part, mais il ne se trouve pas là où vivent les corps.

(...)

Les concepts de votre
droit en matière de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement et de
circonstances ne s’appliquent pas à nous. Ils ont leur fondement dans la
matière, et il n’y a pas de matière ici.

10.0pt'> 

10.0pt'>John Perry Barlow, « Déclaration d’indépendance du
cyberspace », février 1996.

 

 

Le texte de John Perry Barlow

font-weight:normal'> 

De :
John Perry Barlow (barlow@eff.org)

Sujet :
Une Déclaration d’Indépendance du cyberspace.

 

Hier, le grand invertébré qui loge à la Maison
Blanche a apposé sa signature au bas du texte de la loi de 1996 sur la
« réforme » des télécommunications, pendant que Tipper Gore prenait
des photos numériques de l’événement afin de les publier dans un livre qui sera
intitulé 24 Hours in Cyberspace
(24 Heures dans le cyberspace).

J’avais également été invité à contribuer à ce livre
en écrivant un texte d’actualité. Mais étant donné le caractère infâme des
contrôles que cette loi cherche à imposer sur le Net, j’ai pensé qu’il était
temps de déverser quelques balles de thé sur les quais du port virtuel style='mso-footnote-id:ftn2' href="#_ftn2" name="_ftnref2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2].

Car la loi sur la « réforme » des
télécommunications, adoptée par le Sénat à une écrasante majorité (avec
seulement 5 voix contre) rend en fin de compte illégal, sous peine d’une amende
de 250 000 dollars, le fait de dire « merde » sur le réseau. Ou,
d’ailleurs, de dire n’importe lequel des 7 gros mots interdits d’antenne à la
radio et à la télévision. Ou de discuter au grand jour de l’avortement. Ou de
parler des autres fonctions corporelles autrement qu’en utilisant un
vocabulaire médical aseptisé.

Elle tente de placer sur les échanges qui se mènent
dans le cyberspace des contraintes plus restrictives que celles qui existent à
la cafétéria du Sénat, où chaque fois que j’ai eu l’occasion d’y prendre un
repas j’ai entendu des sénateurs utiliser des expressions gratinées.

Cette loi a été parachutée sur notre territoire par
des gens qui n’ont pas la moindre idée de qui nous sommes ou de ce qu’est ce
territoire où ont lieu nos échanges. Ainsi que le dit mon ami Louis Rossetto,
rédacteur-en-chef du magazine Wired,
c’est comme si « les illettrés pouvaient vous dire ce qu’il faut que vous
lisiez. »

Eh bien, qu’ils aillent se faire foutre.

Ou plutôt, profitons de l’occasion pour prendre congé
d’eux, maintenant. Ils ont déclaré la guerre au cyberspace. Montrons-leur
l’étendue de notre pouvoir, de notre ruse et de notre capacité à surprendre
lorsqu’il s’agit pour nous de nous défendre.

Avec le sens de la disproportion qui me caractérise,
j’ai écrit un texte dont j’espère qu’il sera un des nombreux moyens qui nous
permettront de nous défendre. Si vous le trouvez utile, j’espère que vous le
diffuserez aussi largement que possible. Vous pouvez en retirer ma signature si
vous le souhaitez, car je n’accorde aucune importance au fait qu’on m’attribue
ou non sa paternité. Vraiment aucune.

Mais j’espère que ce cri se fera entendre à travers
tout le cyberspace, qu’il croîtra, qu’il se clonera, qu’il mutera jusqu’à ce
que son volume égale celui de l’idiotie qu’on vient de nous infliger.

Je vous fais le cadeau d’...

 

...Une Déclaration
d’Indépendance du Cyberspace

 

Gouvernements du monde industrialisé, géants fatigués
de chair et d’acier, je viens du cyberspace, le nouveau domicile de l’esprit.
Au nom du futur, je vous demande, à vous qui appartenez au passé, de nous
laisser en paix. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucune
souveraineté sur le territoire où nous nous assemblons.

Nous n’avons pas de gouvernement élu, et il est peu
probable que nous en ayons un un jour : je m’adresse donc à vous avec la
seule autorité que m’accorde et que s’accorde la liberté elle-même. Je déclare
que l’espace social global que nous construisons est naturellement indépendant
des tyrannies que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez aucun droit moral à
nous gouverner, et vous ne possédez aucun moyen de faire respecter votre
autorité que nous ayons de bonnes raisons de craindre.

Les gouvernements trouvent le fondement de leur
pouvoir légitime dans le consentement des personnes qu’ils gouvernent. Vous
n’avez ni sollicité ni obtenu le nôtre. Nous ne vous avons pas invités. Vous ne
nous connaissez pas, et vous ne connaissez pas non plus notre monde. Le
cyberspace ne se trouve pas à l’intérieur de vos frontières. Ne pensez pas que
pouvez le construire comme s’il était un de vos Grands Travaux. Vous n’y
arriverez pas. C’est un phénomène naturel qui croît de lui-même, par nos
actions collectives.

Vous n’avez pas pris part aux grands débats qui nous
ont réunis, et vous n’avez pas non plus créé la richesse de nos marchés. Vous
ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non-écrits qui
ordonnent déjà notre société mieux que ne pourraient le faire n’importe lequel
des règlements que vous prétendez nous imposer.

Vous dites qu’il existe chez nous des problèmes que
vous devez résoudre. Vous prenez prétexte de cela pour faire intrusion dans
notre espace. Beaucoup de ces problèmes n’existent pas. Là où il y aura de
véritables conflits, là où des torts seront effectivement causés, nous les
identifierons et nous les traiterons avec nos moyens. Nous sommes en train de
mettre en place notre propre Contrat Social. Nous nous gouvernerons en fonction
des conditions qui prévalent dans notre monde, pas dans le vôtre. Car notre
monde est différent.

Le cyberspace est fait de transactions, de relations
et de pensée, circulant en un flot ininterrompu sur nos canaux de
communication. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il ne se
trouve pas là où vivent les corps.

Nous sommes en train de créer un monde ouvert à tous,
sans privilège ni préjugé qui dépende de la race, du pouvoir économique, de la
puissance militaire ou du rang à la naissance.

Nous sommes en train de créer un monde où chacun, où
qu’il soit, peut exprimer ce qu’il croit, quel que soit le degré de singularité
de ses croyances, sans devoir craindre d’être forcé de se taire ou de se
conformer.

Les concepts de votre droit en matière de propriété,
d’expression, d’identité, de mouvement et de circonstances ne s’appliquent pas
à nous. Ils ont leur fondement dans la matière, et il n’y a pas de matière ici.

Nos identités n’ont pas de corps : donc,
contrairement à vous, nous ne pouvons pas faire régner l’ordre au moyen de la
force physique. Nous pensons que c’est à travers l’éthique et l’intérêt bien
compris de chacun et de la communauté dans son ensemble que va surgir notre
mode de gouvernement. Nos identités sont probablement dispersées à travers un
grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous
constituent seraient prêtes à reconnaître est la Règle d’Or de l’éthique. Nous
espérons que nous serons capables de construire nos propres solutions sur cette
base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous essayez
d’imposer.

Aux États-Unis, vous venez aujourd’hui de créer une
loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui renie votre propre
Constitution et qui est une insulte aux rêves de Jefferson, Washington, Mill,
Madison, Tocqueville et Brandeis. C’est nous qui devons maintenant faire
renaître ces rêves.

Vous avez une peur panique de vos propres enfants,
car ils sont nés dans un monde où vous serez à jamais immigrants. Parce que
vous avez peur d’eux, vous confiez à vos bureaucraties les responsabilités
parentales que vous êtes trop lâches pour exercer vous-mêmes. Dans notre monde,
tous les sentiments et toutes les expressions de l’humain, du plus dégradant au
plus angélique, font partie d’un tout inséparable, l’échange global des octets.
Il n’est pas possible de séparer l’air qui peut éventuellement étouffer
certains de ceux qui le respirent de celui qui permet aux oiseaux de voler.

En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à
Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous essayez de tenir à l’écart le
virus de la liberté en érigeant des postes de contrôle sanitaire aux frontières
du cyberspace. Peut-être que ceux-ci empêcheront la contagion un certain temps,
mais ils ne fonctionneront pas dans le monde de l’omniprésence des médias
transporteurs d’octets.

Vos industries de l’information, de plus en plus
obsolètes, cherchent à se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et
ailleurs, qui ont la prétention de confisquer à leur profit jusqu’à la parole
même à travers le monde. Ces lois cherchent à transformer les idées en un
produit industriel comme les autres, au même titre que les lingots de fonte.
Dans notre monde, tout ce que l’esprit humain peut créer peut être reproduit et
distribué à l’infini sans que cela ne coûte rien. Le transmission globale de la
pensée n’a plus besoin de vos usines pour se faire.

Ces mesures de plus en plus hostiles et colonialistes
nous placent dans la même position que les amoureux de la liberté et de
l’auto-détermination qui lors d’époques précédentes ont dû rejeter l’autorité
de pouvoirs distants et mal informés. Il nous faut déclarer que nos identités
virtuelles ne sont pas soumises à votre souveraineté, alors même que nous
continuons à consentir à ce que vous gouverniez nos corps. Nous allons nous
disperser sur toute la planète de manière à ce que personne ne puisse arrêter
nos idées.

Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans
le cyberspace. Puisse-t-elle être plus juste et plus humaine que le monde
qu’ont construit vos gouvernements auparavant.

 

Davos,
Suisse

8
février 1996

 

John Perry Barlow, dissident
cognitif

Co-fondateur de l’E.F.F.

page personnelle :
http://www.eff.org/~barlow

Service de messagerie :
800/634-3542

En hommage au souvenir de
Cynthia Horner (Dr.) et de Jerry Garcia

 

Seule
l’erreur a besoin du soutien du gouvernement. La vérité peut se suffire à
elle-même.

right;text-indent:0cm'>Thomas Jefferson, Notes on Virginia style='font-style:normal'> (Notes sur la Virginie)

 

Bibliographie

 

(Ont été mis en gras
les ouvrages qui ont servi le plus directement à l’élaboration de ce travail)

 

Œuvres
de fiction

 

style='font-variant:small-caps'>Aubry, Olivier : D.R.E.A.M.S. style='font-style:normal'>, Paris (Denoël), 1997 ; ISBN :
2-207-24531-4 ; 327 pages.

style='font-variant:small-caps'>Cadigan, Pat : Synners style='font-style:normal'>, New York (Bantam), 1991 ;
ISBN : 0-553-28254-9. Traduction par Jean Bonnefoy :
Les Synthérétiques, Paris (Denoël -
Présence du futur), 1993 ; ISBN : 2-207-30538-4 ;
690 pages.

style='font-variant:small-caps'>Dantec, Maurice : Les
Racines du mal
, Paris
(Gallimard, série noire no 2379),
1995 ; ISBN : 2-07-049495-0 ; 636 pages.

style='font-variant:small-caps'>Egan, Greg : Permutation
City
, Londres
(Millenium), 1994 ; ISBN : 1-85798-174-x. Traduction par Bernard style='font-variant:small-caps'>Sigaud : La Cité des permutants style='font-style:normal'>, Paris (Robert Laffont), 1996 ; ISBN :
2-221-08177-3 ; 329 pages.

style='font-variant:small-caps'>Gibson, William : Neuromancer style='font-style:normal'>, New York (Ace Books), 1984 ;
l’édition de référence de ce travail est l’édition du dixième anniversaire,
avec une postface de l’auteur : Londres (HarperCollins), 1994 ;
ISBN : 0-00-225232-5 ; 263 pages. Ce roman est le premier de la
« Sprawl series » (série de la connurbation Atlanta-Boston), qui en
comporte trois. Traduction par Jean Bonnefoy :
Neuromancien, Paris (La Découverte),
1985 ; ISBN (d’une édition de poche) : 2-277-22325-5.

style='font-variant:small-caps'>Gibson, William : Idoru style='font-style:normal'>, New York (Bantam), 1996 ;
ISBN : 0-670-85778-5 ; 292 pages. Traduction française sous le
même titre, 1997.

style='font-variant:small-caps'>Ligny, Jean-Marc : Inner City style='font-style:normal'>, Paris (J’ai lu), 1996 ; ISBN :
2-277-24159-8 ; 317 pages.

style='font-variant:small-caps'>Stephenson, Neal : Snow Crash style='font-style:normal'>, New York (Bantam), 1992. Traduction par Bernard style='font-variant:small-caps'>Sigaud : Le Samouraï
virtuel
, Paris (Laffont), 1996 ;
ISBN : 2-221-07946-9 ; 432 pages.

style='font-variant:small-caps'>Sterling, Bruce (anthologiste) : Mirrorshades,
the Cyberpunk Anthology
(recueil de
nouvelles), New York (HarperCollins), 1986 ; ISBN (d’une édition de
poche) : 0-87795-868-8 ; 239 pages. Traduction par Michèle style='font-variant:small-caps'>Albaret
 : Mozart en
verres miroirs
, Paris (Denoël - Présence du
futur), 1987 ; ISBN : 2-207-50451-4.

font-weight:normal'> 

Essais

 

style='font-variant:small-caps'>Attali, Jacques : Dictionnaire
du XXI
e
siècle
, Paris (Fayard), 1998 ;
ISBN : 2-213-60094-5.

style='font-variant:small-caps'>Barlow, John Perry : les articles
regroupés dans le dossier à son nom sur le serveur de l’EFF (www.eff.org). Voir
en particulier 1/ « Being in Nothingness », première publication
in Mondo 2000 n style='font-size:9.0pt;mso-text-raise:3.0pt'>o 2 (été 1990),
pp. 34-43 ; 2/ « Life in the DataCloud : Scratching your Eyes
Back In. », interview de Jaron Lanier, première publication in Mondo
2000
n mso-text-raise:3.0pt'>o 2 (été 1990), pp. 44-51 et
3/ « Bill of Rights Lite », première publication dans le New
York Times
en janvier 1993.

style='font-variant:small-caps'>Bey, Hakim : The
Temporary Autonomous Zone, Ontological Anarchy, Poetic Terrorism
style='font-style:normal'>, New York (Autonomedia), 1985.
Traduction par Christiane Tréguier
en collaboration avec Peter Lamia
et Aude Latarget : TAZ :
Zone autonome temporaire
, Paris (Éclat),
1997 ; ISBN : 2-84162-020-4 ; 90 pages.

style='font-variant:small-caps'>Cadigan, Pat : interview. document
électronique, disponible sur le web (http://www.t0.or.at/pcadigan/intervw.htm).

style='font-variant:small-caps'>Dantec, Maurice :
interview,
document électronique
disponible sur le site Nirvanet (www.nirvanet.fr).

style='font-variant:small-caps'>David, Aurel : La Cybernétique
et l’humain
, Paris (Gallimard, collection
« idées »), 1965 ; 185 pages.

style='font-variant:small-caps'>Dery, Mark : Escape
Velocity : Cyberculture at the End of the Century
normal'>, New York (Grove Press), 1996 ; ISBN :
0-8021-1580-2 ; 376 pages. Traduction par Georges style='font-variant:small-caps'>Charreau : Vitesse virtuelle. La
cyberculture aujourd’hui
, Paris (Éditions
Abbeville), 1997 ; ISBN : 2-87946-122-7.

style='font-variant:small-caps'>Gilder, George : Life After
Television
, New York (Norton), 1994 ;
ISBN : 0-393-03385-6. Traduction par Anatole small-caps'>Muchnik et Alain Chaptal :
La vie après la télévision, Paris
(Dagorno), 1994 ; ISBN : 2-910029-10-1 ; 193 pages.

style='font-variant:small-caps'>Guédon, Jean-Claude : La Planète
cyber. Internet et cyberespace
, Paris
(Découverte Gallimard), 1996 ; ISBN : 2-07-053349-2 ;
128 pages.

style='font-variant:small-caps'>Heim, Michael : The Metaphysics
of Virtual Reality
, New York (Oxford
University Press), 1993 ; ISBN : 0-19-508178-1 ; 175 pages.

style='font-variant:small-caps'>Hofstadter,Douglas : Gödel,
Escher, Bach : An Eternal Golden Braid. A Metaphorical Fugue on Minds and
Machines in the Spirit of Lewis Carroll
,
New York (Basic Books), 1979 ; ISBN : 0-1400-5579-7 ;
777 pages. Traduit par l’auteur l’année suivante (références non
disponibles).

style='font-variant:small-caps'>Huitéma, Christian : Et Dieu
créa l’Internet
, Paris (Eyrolles),
1995 ; ISBN : 2-212-08855-8 ; 201 pages.

style='font-variant:small-caps'>Kelly, Kevin : Out of
Control. The New Biology of Machines
,
New York (Addison Wesley), 1994 ; ISBN (d’une édition anglaise) :
1-85702-308-0 ; 666 pages. Non traduit.

style='font-variant:small-caps'>Laborit, Henri : Éloge
de la fuite
, Paris
(Robert Laffont), 1976 ; ISBN (d’une édition de poche) :
2-07-032283-1 ; 187 pages.

style='font-variant:small-caps'>Lasch, Christopher : The Revolt
of the Elites and the Betrayal of Democracy
,
New York (Norton), 1995. Traduction par Christian small-caps'>Fournier :
La Révolte des élites style='font-style:normal'>, Paris (Climats), 1996 ; ISBN :
2-84158-036-9 ; 270 pages.

style='font-variant:small-caps'>Laurel, Brenda : Computers as
Theatre
. Reading, Massachusetts
(Addison-Wesley), 1991 ; ISBN (d’une édition de poche) :
0-201-55060-1 ; 227 pages. Non traduit.

style='font-variant:small-caps'>Leary, Timothy : Chaos
& Cyberculture
,
Berkeley (Ronin Publishing), 1994. Traduction par Lise-Éliane style='font-variant:small-caps'>Pomier et Lamia small-caps'>Darragi : Chaos & cyberculture style='font-style:normal'>, Paris (Éditions du Lézard), 1996 ; ISBN :
2-910718-07-7 ; 274 pages. Il s’agit d’un recueil d’articles et
d’interviews, qui comporte en particulier une conversation avec William Gibson.

style='font-variant:small-caps'>Lévy, Pierre : Qu’est-ce que le
virtuel ?
, Paris (La Découverte), 1995
 ; ISBN : 2-7071-2515-6 ; 157 pages.

style='font-variant:small-caps'>Moravec, Hans : Mind
Children. The Future of Robot and Human Intelligence
style='font-style:normal'>, Cambridge, Massachusetts (Harvard
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Traduction : Une Vie après la vie : les robots, avenir de
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, Paris (Odile Jacob),
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style='font-style:normal'>, New York (Prentice-Hall), 1985. Non traduit.

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Reality : The Revolutionary Technology of Computer-Generated Artificial Worlds -
and How It Promises to Transform Society
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style='font-variant:small-caps'>Rheingold, Howard : The Virtual
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normal'>, Reading, Massachusetts (Addison Wesley), 1994 ; ISBN :
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Les
Communautés virtuelles
, Paris
(Addison-Wesley France), 1995.

style='font-variant:small-caps'>Rosnay, Joël de : L’Homme
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2-02-021714-7 ; 350 pages.

style='font-variant:small-caps'>Rushkoff, Douglas : Cyberia,
Life in the Trenches of Hyperspace
,
New York (HarperCollins), 1994 ; 320 pages. Non traduit.

style='font-variant:small-caps'>Scheer, Leo : La Démocratie
virtuelle
, Paris (Flammarion), 1995 ;
ISBN : 2-08-067003-4 ; 154 pages.

style='font-variant:small-caps'>Spooner, Lysander : Vices
are not Crimes. A Vindication of Moral Liberty
normal'>, première publication, sans nom d’auteur, dans l’ouvrage
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A Failure
, États-Unis, 1875. Traduction de
Michael Korvin et Jeannie style='font-variant:small-caps'>Carlier
 : Nos Vices ne
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Lettres), 1993 ; ISBN : 2-264-02282-5 ; 56 pages.

style='font-variant:small-caps'>Sterling, Bruce : The
Hacker Crackdown. Law and Disorder on the Electronic Frontier
style='font-style:normal'>, New York (Bantam), 1992 ;
ISBN : 0-553-08058-x ; 329 pages. Non traduit.

style='font-variant:small-caps'>Sterling, Bruce :
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style='font-variant:small-caps'>Sterling, Bruce : « Free as
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informaticiens des bibliothèques), document électronique disponible sur le
serveur de l’Electronic Frontier Foundation (www.eff.org).

style='font-variant:small-caps'>Szasz, Thomas : Ceremonial
Chemistry
, New York (Anchor
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style='font-style:normal'>, Paris (Éditions du Lézard), 1994 ; ISBN :
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style='font-variant:small-caps'>Szasz, Thomas : Our Right to
Drugs. The Case for a Free Market
, New York
(Praeger Publishers), 1992. Traduction par Monique small-caps'>Manin-Burke :
Notre Droit aux drogues style='font-style:normal'>, Paris (Éditions du Lézard), 1994 ; ISBN :
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style='font-variant:small-caps'>Virilio, Paul : La
Vitesse de libération
,
Paris (Galilée), 1995 ; ISBN : 2-7186-0458-1 ; 176 pages.

style='font-variant:small-caps'>Virilio, Paul : Cybermonde,
la politique du pire
,
conversation avec Philippe Petit,
Paris (Textuel), 1996 ; ISBN : 2-909317-21-8 ; 110 pages.



name="_ftn1" title=""> footnote'>[1] Je dois
le scénario suivant à Jacques Attali, lors de la conférence que j’ai déjà
mentionnée : si Microsoft décidait demain de créer le «  style='font-variant:small-caps'>point micro$oft », comme unité de
base d’un système de primes destinées d’abord à ses employés puis à ses
clients, il ne se passerait pas 6 mois avant que cette nouvelle unité de compte
ne soit cotée sur une bourse d’Asie du Sud-Est, par exemple, et ainsi ne
devienne une monnaie au même titre que les autres.

name="_ftn2" title=""> footnote'>[2] Allusion à
la « Boston Tea Party » (1773), émeute au cours de laquelle ont été
détruites des cargaisons de thé appartenant à la Compagnie des Indes en réponse
aux taxes instituées par le gouvernement britannique. Cette émeute fut un des
premiers incidents de ce qui devait devenir la guerre d’indépendance des
États-Unis. (n.d.t.)