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Ghost in the Shell 2 : Innocence

lundi 8 août 2005, par Nicolaï Laros

Quatrième cas traité : celui de Ghost in the Shell 2 : Innocence

Générique :

Un film de Mamoru Oshii, directeurs de l’animation : Toshihiko Nishikubo et Naoko Kusumi, conception des personnages : Hiroyuki Okiura, concepteur machines et véhicules : Atsushi Takeushi, superviseur des effets digitaux : Hiroyubi Hayashi, effets visuels : Hisashi Ezura, production designer : Yohei Taneda, directeur artistique : Shuichi Hirata, musique de Kenji Kawai, histoire basée sur le manga de Masamune Shirow et scénario de Mamoru Oshii.

Résumé :

L’inspecteur Batou se doit de résoudre avec un nouveau partenaire (le major Motoko Kusanagi disparaissant à la fin du premier tome), à savoir l’agent humain Togusa, une série de meurtres horribles perpétrés par des robots domestiques à l’apparence féminine, des Gynoïdes.
Ce travail a été confié à la section 9 pour la simple raison qu’aucun des propriétaires survivant n’a porté plainte contre le fabriquant de machines au profil certes humain, mais à y regarder de plus près aussi inexpressifs qu’une... poupée.
Durant l’enquête, les deux policiers vont très rapidement se rendre compte que ces meurtres, tous suivis du suicide des Gynoïdes impliqués, sont liés à une altération de la réalité des créatures cybernétiques concernées. Un virus semblerait en être la cause.
Au delà de l’enquête, Batou ressent de plus en plus souvent la présence d’un ange gardien à ses côtés, le guidant dans sa recherche d’une identité et lui permettant de se sortir indemne de situations périlleuses au possible. Et si la résolution de l’équation finale passait par une voie détournée mettant en jeu des sentiments humains ?

Le film :

Si la précédente analyse commençait par des réserves émises à l’encontre du résumé des évènements auxquels le spectateur allait être confronté, ce pour éviter de déflorer inutilement les tenants et aboutissants du film, alors que dire du dernier opus en date de Mamoru Oshii ?
Prenons donc, pour changer un peu, le contre-pied de cette remarque et tentons de synthétiser très brièvement le labyrinthe narratif auquel nous confronte ce géni en herbe de l’animation nipponne (Avalon restant lui aussi solidement ancré dans le concept « anim ») :

Dans ce film, et comme évoqué ci-dessus, il est question de vérité. En l’occurrence celle des images (à mille lieux de Strange days cependant !). La quête de Batou passe par la réponse à une question si simple en apparence et finalement si compliqué (joli paradoxe) : Les images ont-elles une âme ?

Une question à laquelle le réalisateur invite avant tout le spectateur à réfléchir quant à ce qu’il est en train de voir défiler à l’écran, et permettant ainsi par la même occasion de laisser son cerveau se reposer un peu vu la densité parfois un peu « too much » (certains dialogues sont très difficiles à suivre en vost, avis à la population !) de l’ensemble.

Par ailleurs, les poupées -une représentation de l’être humain très ancrée dans la culture japonaise- ne sont-elles pas en définitive les représentations les plus concrets d’androïdes ? à savoir une bien belle coquille vide. Batou, grâce la relative humanité naissante de son personnage, dévoilée par des traits physiques légèrement altérés par l’équipe responsable des dessins (je conseille quant à ce sujet le visionnage du très bref making-of inclus sur la récente édition DVD du film), sera amené a faire évoluer son enquête en ce sens.

Mamoru Oshii l’avoue lui même, Innocence est un drame pour adulte. C’est un objet de toute beauté plastique, et à son avis, le public doit savoir se laisser porter par celles-ci pour parvenir à l’essentiel. Sous-entendant par là que l’intrigue reste secondaire, qu’elle ne fait que satisfaire la production en terme de fil narratif liant l’opus deux à son prédécesseur : Les fameux impératifs commerciaux, en somme.

Non pas que l’histoire qu’elle raconte soit dénuée d’intérêt, bien au contraire, mais l’auteur avoue par la même occasion tout en filigrane qu’elle est bien trop dense pour être synthétisée en un scénario linéaire, donc limpide et ainsi compréhensible par tous.

Le film se doit d’être revu plusieurs fois, et se dévoile petit à petit. Le signe d’une grande richesse thématique mais peut-être aussi (encore) d’un manque de maturité de la part d’un auteur qui n’en est qu’à sa troisième œuvre cinématographique.

Cannes à d’ailleurs réservé un accueil mitigé au film lors de sa présentation au festival 2004, alors qu’il aurait pu constituer l’événement de la quinzaine. La preuve évidente que nous tenons ici, à l’instar du premier, une vision très personnelle de la cyber-réalité.

Mais pour beaucoup, la clé d’accès à ce monde pourrait bien être contenue dans la fabuleuse musique de Kenji Kawai. Conformément à ses dires, le compositeur n’a pas essayé de créer une partition radicalement différente de son chef-d’œuvre de 95, mais s’est plutôt efforcé d’en préserver l’essence en s’appuyant sur une technologie qui a bien sûr énormément évoluée dans l’intervalle des neuf années qui séparent les deux films.
Ainsi, pour une meilleure acoustique, l’équipe s’est isolée dans un souterrain de la préfecture de Tokyo ! Les ordinateurs avaient alors la tâche plus facile pour créer des effets d’écho...

Ce qui nous amène forcément à la technique : Le premier Ghost in the Shell, fait révolutionnaire pour l’époque, utilisait de manière constante des CGI réalisées sur le logiciel AVID. Elles constituaient une première pour un film d’animation japonais, et même si depuis, le procédé a fait école, force est de constater que rare son les « japanims » qui utilisent aussi pertinemment cette technique. Grande question que se posent les amateurs : Innocence réitère-t-il l’exploit ?

Oui, mille fois oui, et il n’est pas interdit d’y voir l’intérêt majeur du métrage. Et du coup, comme son réalisateur conçoit lui-même les choses sous cet angle...

La concrétisation du projet, porté conjointement par le studio Gibli (entre autres, les films de Hayao Miyasaki : Princesse Mononoké, le Voyage de Chihiro, Le Château dans le Ciel...) et Dreamworks, la boîte de production de Steven Spielberg, s’avère avoir été des plus pénibles : Le mariage des fabuleuses images de synthèse créant un effet unique de perspective par rapport aux images dessinées (de la 3D sur laquelle vient se superposer de la 2D, et oui, c’est aussi simple que ça !) permettent au film des instants magiques, et auront elles aussi constituées un véritable casse tête chinois (hum) pour l’équipe responsable de l’animation.

Le moindre petit détail de l’image se devait d’être d’une infime précision, conformément aux souhaits d’un réalisateur perfectionniste à outrance.
Aller au delà de ce qu’Innocence nous propose sur le plan visuel et thématique ne relève pourtant pas de l’abstraction la plus totale vu que le manga de Masamune Shirow se décline maintenant en série ( Ghost in the Shell Stand Alone Complex de Kenji Kamiyama) et en jeu vidéo. Les fan exigeants de cyberculture sauront faire leur choix ! Nous leur souhaitons en tous cas un bon voyage dans ce que la japanimation a certainement de plus riche à leur soumettre, et qui s’avère de surcroît totalement original comme en témoigne l’absence quasi totale de référence à d’autres films en ces lignes...

Messages

  • Oshii Mamoru sensei est un génie ! Pour ma part , les graphismes atteignent la perfection pour ce Chef-d’oeuvre de l’animation ( la comparaison avec Strange Days est ridicule et ce dernier est un navet ). Ensuite , faudrait plus se renseigner sur ce brave monsieur car il en a fait des Chef-d’oeuvre et donc G.I.S Innocence n’est pas sa troisième réalisation.

    P.S : La série est à voir aussi ; )

    • Cher Monsieur Biito,

      En tout premier lieu, un grand merci pour votre message.
      L’une des raisons qui nous a animés à créer ce site est bien-entendu intimement liée à l’échange avec les personnes qui s’intéressent de près ou de loin à la cyber-culture.
      Pour ma part, en tant que cinéphile adepte d’un langage clairement défini, un certain nombre de termes employés dans mes articles peuvent prêter à confusion, dont acte :
      Lorsque j’évoque une troisième réalisation, il va de soit qu’elle a attrait au Septième Art. En effet, les précédents travaux de sensei Oshii ont tous (Patlabor, L’Oeuf de l’Ange etc...) été concus dans l’optique d’être distribués sur le marché de la vidéo (le réalisateur ayant travaillé en indépendant pour diverses structures telles que par exemple le Studiot Pierrot).
      Il n’est nullement exclu que ces métrages ont néanmoins connus une exploitation en salle au Japon voire dans le reste de l’Asie.
      Si tel est le cas, je vous serais reconnaissant de me le communiquer.
      En restant à votre disposition et au plaisir d’échanger nos connaissances par messagerie interposée.
      Veuillez agréer, Monsieur Biito, l’expression de mes salutations distinguées.

      Nicolai LAROS